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Par Angie Willcocks, psychologue

Le travail dans le secteur minier peut comporter des réalités propres à chaque famille, selon la structure de sa conciliation travail et vie privée. Certains couples habitent dans une ville ou une grande localité et l’un des deux conjoints travaille à l’extérieur. D’autres couples déménagent à la ville minière la plus près pour faciliter les déplacements au site minier pour le travail. D’autres encore optent pour un mode différent de travail et de vie : les deux conjoints qui travaillent sur le même site de la même société minière s’y rendent pendant la même période de rotation, sur le même quart d’employés et en mode aller-retour par navette aérienne ou terrestre (FIFO/DIDO), partageant le même hébergement temporaire sur le site.

L’avantage le plus évident de ce mode de vie réside dans le fait que le couple passe beaucoup de temps ensemble. Cette idée pourrait sembler géniale en théorie; mais, bien entendu, elle peut entraîner certaines embûches!

Il semble que la plupart des couples qui travaillent conjointement sur le même quart d’employés en mode fly in fly out (FIFO) partagent le même hébergement. Des problèmes peuvent assurément survenir quand on vit en commun dans un espace restreint! La mesure dans laquelle les couples peuvent s’accommoder de ce genre d’arrangement dépend probablement du degré de similarité de leurs habitudes de vie. D’emblée, la plupart des couples sont sensiblement compatibles quant à leurs habitudes et activités quotidiennes. Mais les couples qui réussissent réellement négocient en tenant compte de leurs différences.

Nous savons que les personnes diffèrent de multiples façons, que ce soit dans la mesure où elles apprécient leur domicile bien rangé, dans le temps qu’elles passent à regarder la télévision, dans la quantité de sommeil dont elles ont besoin ou dans le fait de faire du bruit ou non en mangeant. Dans un environnement dit « normal », les membres d’un couple peuvent se trouver un espace où être seuls sans trop déranger leur conjoint. Cependant, sur un camp minier, même les plus infimes différences peuvent causer des tensions insoutenables au sein du couple et devenir des problèmes bien plus sérieux qu’ils ne l’auraient été en d’autres circonstances. Par exemple, si votre conjoint souhaite ou doit regarder la télévision tard le soir (contrairement à vous), cette situation peut devenir un problème quand vous partagez une seule et unique pièce. Les couples dont les habitudes sont différentes doivent ainsi s’efforcer de faire des compromis, en établissant des règles de base claires et en les respectant (par exemple, simplement déterminer cinq soirées où le téléviseur est laissé ouvert et cinq soirées où il ne l’est pas, en alternance).

Une autre embûche liée à ce mode de vie survient lorsque les conjoints laissent les aspects du travail dominer leurs pensées et leurs conversations. La vie en couple sur le site minier, le travail avec les mêmes personnes et les rôles semblables (ou similaires) joués peuvent contribuer à cette situation. Il peut sembler amusant de rouspéter à propos du travail pour se défouler à la fin d’une longue journée de travail, mais cela n’ajoutera rien de constructif ou de positif à la vie ou à la relation de couple en bout de ligne. Si votre conjoint(e) n’était pas avec vous sur le site, il est très peu probable qu’il ou elle pourrait vous écouter vous plaindre sans cesse à propos du travail et des collègues. En fait, il s’agit là d’une bonne chose! Il est bon de restreindre ses conversations sur le travail à environ dix minutes à la fin de la journée.

Par ailleurs, la façon dont laquelle le couple passe son congé de travail ou son temps de repos et de loisir constitue une autre source répandue de mésentente au sein des familles vivant en mode FIFO, y compris les couples qui travaillent ensemble. Pourtant, il pourrait s’agir là d’une constatation un peu surprenante. On aurait tendance à croire qu’un couple qui travaille ensemble est bien conscient des éléments de stress liés au mode de vie FIFO et qu’il s’entend sur la façon de passer le temps à la maison. Cependant, c’est rarement le cas. Il est possible que la famille et les amis croient que vous n’avez pas nécessairement besoin de passer du temps ensemble après le retour à la maison, parce que vous travaillez ensemble à l’extérieur. Cette croyance peut entraîner des demandes irréalistes à votre égard lorsque vous êtes en congé. Votre entourage doit se rappeler que vous travaillez tous les deux très fort sur le site et que vous n’avez pas eu l’occasion de passer du temps de qualité ensemble. Pour préserver une relation de couple saine, vous devez parfois dire « non » à la famille et aux amis et peut-être établir des journées fixes consacrées à des tâches particulières ou à des activités avec certaines personnes. Il est très important de passer du temps ensemble en tant que couple lorsque vous êtes en congé à la maison.

En travaillant sur un projet commun (par ex., un potager ou une maison) ou en partageant le même passe-temps, les conjoints peuvent vraiment entretenir le lien privilégié qui les unit. Il s’agit là d’un facteur d’importance capitale pour le couple qui travaille ensemble. Il est erroné de croire que le couple qui passe beaucoup de temps ensemble se connaît ou communique mieux que les couples qui en passent beaucoup séparés. En fait, cette situation comporte un risque réel de complaisance; le couple risque de présumer qu’il est suffisamment en contact étroit par le simple fait qu’il se côtoie physiquement la majeure partie du temps. Vous risquez de présumer aisément (mais à tort) que votre conjoint(e) sait ce qui se passe en vous du point de vue affectif, parce qu’il ou elle se trouve dans le même environnement. Selon cette présomption, vous ne vous préoccuperez pas nécessairement de lui verbaliser ce que vous ressentez, ce qui entraîne une pression indue sur votre conjoint(e) et le couple. Peu importe le temps que vous passez avec une personne ou à quel point vous l’aimez, il importe de vous rappeler que cette dernière ne peut lire vos pensées. Votre conjoint(e) ne peut pas savoir avec certitude ce que vous pensez ou ressentez, à moins que vous ne le lui disiez!

En outre, le travail et la vie en commun peuvent rendre la communication un peu délicate. L’obtention d’un juste équilibre requiert un peu de pratique. Personne ne tient à discuter de la relation de couple à tout moment de la journée et nous n’avons certainement pas à révéler à notre conjoint(e) tout ce que nous pensons et ressentons! Il s’agit plutôt de faire un effort pour lui dire ouvertement comment nous nous sentons, plutôt que de présumer qu’il ou elle « le sait simplement » ou « devrait le savoir ».

Le retour au camp minier, épuisé(e) à la fin d’une journée de travail difficile, est un exemple où la difficulté de communication peut se manifester. Vous pourriez être de mauvais poil et ne pas être d’humeur à discuter de n’importe quel sujet. Vous ne souhaiteriez probablement qu’une chose : aller au lit pour vous reposer. Si votre conjoint(e) n’était pas là avec vous, vous pourriez lui envoyer un texto ou lui faire un court appel, lui disant comment vous vous sentez et que vous l’aimez, sans plus. Il serait ainsi clair pour votre conjoint(e) à la maison que vous n’êtes pas en rogne contre lui ou elle. CEPENDANT, si votre conjoint(e) se trouve avec vous dans l’hébergement temporaire à la fin d’une mauvaise journée, vous pourriez présumer qu’il ou elle sait que vous êtes de mauvaise humeur (et pourquoi) et ne pas vous préoccuper des subtilités de la communication.

Ce genre de situation ne rend absolument pas service à votre relation de couple. Votre conjoint(e) pourrait interpréter votre comportement grognon comme un signe que vous êtes en rogne contre lui ou elle, ajoutant ainsi de la tension au couple et à la relation. En discutant honnêtement avec votre conjoint(e), vous pourrez facilement créer une relation positive et de confiance. D’ailleurs, certains couples que je connais ajoutent de l’humour à la situation en utilisant des mots-codes courts et amusants, comme « pi͂na colada », pour transmettre des messages comme « J’ai eu une horrible journée. Je suis fatigué(e) et en grogne. Je n’ai pas envie de te parler; mais je ne veux pas te vexer. Je t’aime beaucoup et j’espère que demain ça ira mieux ». Essayez-le.

Quelques astuces

  • Prêtez attention à vos conversations; veillez à limiter la durée du temps que vous passez à parler du travail ou des collègues.
  • Veillez à développer des intérêts communs à la maison.
  • Facilitez la communication; ne présumez pas que votre conjoint(e) connaît vos moindres pensées et sentiments. Parlez-lui-en!
  • Discutez ouvertement des difficultés liées à la vie commune sur un camp minier et recherchez des solutions plutôt que le blâme.
  • Réglez les différences d’opinion sur la façon de passer le temps de congé et de repos et loisir.
  • Évitez de devenir trop confiant quant à votre relation de couple uniquement parce que vous passez beaucoup de temps ensemble.

Voici deux ouvrages pertinents portant sur l’amélioration des relations de couple : The Five Languages of Love, par Gary Chapman et ACT with Love, par Russ Harris.

En conclusion : comme toute décision sérieuse liée à la vie de couple, il importe de peser le pour et le contre possibles avant de commencer à vivre et à travailler ensemble sur un site minier. C’est une excellente idée de discuter avec d’autres personnes vivant la même situation et d’essayer de résoudre tout problème éventuel à l’avance. D’ailleurs, je recommande toujours d’accorder une période d’essai initiale à tout nouveau mode de vie pour vérifier si ce dernier fonctionne pour le couple et chacun des conjoints.


Des familles de bonne mine vise à briser les barrières de l’isolement et le stress liés au fait de vivre loin de sa famille et de ses amis. Bien qu’il fournisse des conseils d’ordre général d’un psychologue, le contenu de ce site Web ne saurait se substituer aux services de professionnels de la santé ou de spécialistes de gestion de crise. Consultez toujours votre médecin ou votre spécialiste pour obtenir des conseils sur une affection particulière. Si vous êtes déprimé et avez besoin d’une aide d’urgence, composez le 9-1-1 ou visitez le site Web de l’Association canadienne pour la santé mentale à l’adresse www.cmha.ca/fr.