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Par Angie Willcocks, psychologue

La famille reconstituée ne m’est pas étrangère : j’ai moi-même grandi au sein d’une famille assez complexe. J’ai ma propre sœur, une demi-sœur, deux demi-frères, un beau-frère, une belle-sœur et deux « ex- » belles-sœurs! Enfant, j’étais certainement loin d’être enchantée de l’image de ma famille, principalement parce que je croyais à l’époque que cette situation familiale faisait aussi de moi une personne « différente ». Toutefois, je peux honnêtement dire qu’aujourd’hui, j’apprécie beaucoup la structure de ma famille et tout ce qu’elle m’a apporté. Je sais que tenir ces propos est plutôt « cliché », mais toutes les personnes qui sont venues se greffer au noyau familial ont tellement enrichi ma vie!

Lorsque j’étais au primaire, les familles recomposées n’étaient certainement pas la norme. Au fil des années, elles sont devenues de plus en plus monnaie courante. En fait, certains démographes prévoient que les familles recomposées surpasseront en nombre les familles nucléaires d’ici 2020. D’ailleurs, le nombre de familles vivant en mode FIFO (fly in fly out : travail sur place par rotation et sur quart d’employés en mode aller-retour par navette aérienne ou terrestre) croît également. Ainsi, on peut certes présumer que les familles recomposées, dont un ou plus d’un parent travaille en mode FIFO, deviennent aussi de plus en plus répandues.

Or, les psychologues et les chercheurs devraient s’affairer à déterminer ce dont ces familles particulières ont besoin pour demeurer heureuses et saines, en dépit de tous les défis auxquels elles font face! Mais entre-temps, voici le fruit de mes réflexions quant aux éléments susceptibles d’aider toutes les familles reconstituées vivant en mode FIFO.

Commençons par des conseils généraux...

Ce n’est pas la structure de la famille qui importe, mais plutôt les liens qui unissent les membres de la famille. Chaque relation individuelle est importante et nécessite une attention particulière. Il s’agit de déployer beaucoup d’efforts, car il y a de nombreuses relations à maintenir. Toutefois, j’ai toujours encouragé les membres adultes d’une famille reconstituée à considérer chaque relation sur une base individuelle. La nouvelle famille peut comprendre le nouveau ou la nouvelle conjoint(e), l’ex-conjoint(e) et son nouveau ou sa nouvelle conjoint(e), le cas échéant, vos propres enfants, vos beaux-enfants et les enfants issus de votre nouveau couple. Vous devrez utiliser une approche différente pour chacune de ces personnes. Une façon intéressante qui permet de bien saisir ce concept et de l’illustrer consiste à se dessiner au centre d’un cercle. À différents points le long du cercle, écrivez le nom de chaque personne qui compose votre nouvelle famille reconstituée (oui, ça l’inclut aussi le nouveau ou la nouvelle conjointe(e) de votre ex-conjoint(e)!). Puis, dessinez doucement des lignes entre vous et chaque personne sur le cercle extérieur. À chaque ligne que vous dessinez, pensez à la relation particulière que vous avez avec cette personne en faisant notamment les réflexions suivantes : « Qu’attend-t-elle de moi? » ou « Quels sont les aspects agréables et difficiles liés à cette relation? » Pensez à ce que vous pouvez faire afin d’améliorer ou de maintenir cette relation (ou pour la garder saine si aucune amélioration n’est possible). Il serait idéal de vous préparer un « plan d’action » pour chacune de ces relations. Par exemple :

  • Moi------------L’ex-conjointe : une relation difficile et très vexante – Elle me rend fou. Je souhaiterais n’avoir jamais à lui parler de nouveau, mais il y a les enfants. Actions : verser la pension alimentaire à temps; communiquer par texto lorsque possible; ignorer les messages téléphoniques abusifs.
  • Moi------------Le beau-fils Billy : d’ordinaire, un garçon gentil – Parfois, il m’énerve avec sa mauvaise humeur. Par moments, il semble m’apprécier; à d’autres moments, on dirait que je suis son ennemi! Actions : aller assister à son match de football aux deux fins de semaine; m’intéresser à l’entraînement au football en lui posant des questions; jouer à PlayStation avec lui une fois par semaine; lui laisser de l’espace lorsqu’il semble de mauvais poil.

Soyez conscient qu’il faut du temps pour bâtir une « nouvelle » famille. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que les enfants soient enchantés au début. Le fait d’avoir trouvé un nouvel amour n’en est pas de même pour vos enfants! D’ailleurs, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que votre nouveau ou nouvelle conjoint(e) aime automatiquement vos enfants. Faites preuve de patience. Créez des occasions pour passer du temps ensemble, mais assurez-vous également de passer du temps individuel autant avec votre conjoint(e) que vos propres enfants.

Je sais qu’il peut s’avérer difficile de s’entendre sur des problèmes liés aux attentes et à la discipline des enfants, mais il faut persévérer et y travailler en tant que couple. Je pense que la discipline générale et les règles liées aux enfants reviennent au parent biologique, surtout les premiers jours. Chacun des beaux-parents doit être disposé à respecter les opinions et les styles de parentage de son ou de sa conjoint(e), même s’il n’est pas d’accord avec lui ou elle entièrement. Cela étant dit, chacun a le droit de s’exprimer concernant les aspects qui le touche directement, comme des comportements impolis ou la façon dont ses effets personnels sont utilisés. Les rencontres familiales peuvent être utiles en ce sens. L’objectif de ce genre de rencontre consiste à établir une liste des règles de la maisonnée. Si les enfants ne veulent pas participer à la rencontre, prenez le temps d’établir des règles et des attentes avec votre conjoint(e) pour vous tout autant que pour les enfants. Notez qui est responsable de quoi et quand. Advenant que vous et votre conjoint(e) vous disputez à propos des règles, des attentes, de la discipline ou des responsabilités, il est mieux de consulter un conseiller dès que possible.

Si vous pensez que vous n’aimez vraiment pas l’un ou plus d’un de vos beaux-enfants, prenez le temps d’en déterminer la raison et de voir ce que vous pouvez en faire. Vous pourriez envisager d’obtenir du counseling professionnel à ce sujet. Cette démarche ne signifie pas nécessairement que c’est de votre faute ou qu’il y a quelque chose qui ne va pas, mais plutôt que votre vie pourrait être bien meilleure si vous trouviez un moyen de soit commencer à apprécier l’enfant, soit mieux gérer ce qui vous déplaît chez l’enfant, afin de ne pas gâcher votre vie (et celle de vos beaux-enfants).

Il va probablement sans dire qu’on doit éviter de se chamailler à propos des enfants devant eux. En fait, il ne s’agit pas là d’interdire carrément aux parents de se disputer devant les enfants, mais simplement de souligner qu’il est préférable d’avoir des échanges de ce genre qui concernent réellement les enfants derrière des portes fermées.

Abordons maintenant les familles reconstituées vivant en mode FIFO…

Le parent qui travaille à l’extérieur :

  • En raison du travail à l’extérieur, les relations avec vos beaux-enfants prendront possiblement plus de temps à s’établir que cela ne l’aurait été le cas autrement. C’est particulièrement le cas si vos beaux-enfants séjournent chez leur autre parent biologique pendant un certain temps ou tout le temps où vous êtes à la maison ou en congé (comme il arrive fréquemment). Si votre famille fonctionne de cette façon, vous devez vous rappeler de faire preuve de patience et de persévérance en développant des relations avec vos beaux-enfants.
  • Outre l’exercice du cercle proposé ci-dessus, conservez un journal de ce qui se passe dans la vie de tous vos enfants (vos beaux-enfants aussi). Préparez-vous à forger des liens avec vos beaux-enfants en démontrant et en maintenant de l’intérêt envers leur vie. Enfin, ne le prenez pas personnel si l’intérêt ne semble pas partagé au début.
  • Veillez à accorder du temps à vous-même et à la relation avec votre conjoint(e) chaque fois que vous êtes à la maison. Les exigences liées au travail en mode FIFO et celles de vos enfants et beaux-enfants peuvent avoir des effets négatifs sur vous. Il est donc approprié de vous accorder un temps de répit de temps à autre.

Le parent qui reste à la maison :

  • La règle d’or (j’y ajouterais des voyants lumineux rouges si je le pouvais) consiste à NE PAS avoir des règles et des attentes différentes à l’égard de vos enfants selon que votre conjoint(e) (leur belle-mère ou beau-père) est à la maison ou à l’extérieur. En auquel cas, ce serait extrêmement injuste à la fois envers vos enfants et votre conjoint(e). En outre, j’irais jusqu’à dire que votre famille serait vouée à l’échec si vous empruntiez cette voie. Je sais qu’il peut s’avérer très difficile de s’entendre sur les problèmes liés aux attentes et à la discipline des enfants, mais il faut continuer à y travailler en tant que couple. La solution ne consiste pas uniquement à éviter le problème et à changer les règles d’une semaine à l’autre ou d’un mois à l’autre.
  • On ne peut pas toujours éviter les difficultés, mais veiller sur vos beaux-enfants pendant que votre conjoint(e) est à l’extérieur à la mine comporte ses défis. D’après moi, ce genre d’arrangement n’est pas idéal et ne devrait pas être instauré avant d’établir correctement la relation entre le beau-parent qui doit rester à la maison et les enfants.

Je pourrais certainement continuer à élaborer pendant longtemps sur le sujet de cette rubrique, parce que de plus en plus de variantes en matière de famille reconstituée vivant en mode FIFO me viennent à l’esprit pendant que j’écris. Mais il m’est impossible de les aborder toutes dans cette rubrique! En revanche, si vous avez une famille recomposée et vivez en mode FIFO, pourquoi ne pas commencer votre propre fil de discussion ici même sur le forum en ligne du site Des familles de bonne mine, afin d’échanger avec d’autres parents qui rencontrent les mêmes difficultés?!


Des familles de bonne mine vise à briser les barrières de l’isolement et le stress liés au fait de vivre loin de sa famille et de ses amis. Bien qu’il fournisse des conseils d’ordre général d’un psychologue, le contenu de ce site Web ne saurait se substituer aux services de professionnels de la santé ou de spécialistes de gestion de crise. Consultez toujours votre médecin ou votre spécialiste pour obtenir des conseils sur une affection particulière. Si vous êtes déprimé et avez besoin d’une aide d’urgence, composez le 9-1-1 ou visitez le site Web de l’Association canadienne pour la santé mentale à l’adresse www.cmha.ca/fr.